Bains de dorres

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Semestre 8 – Conception d’un pavillon d’entrée

Quelle forme pourrait prendre une architecture des biens communs ? En requestionnant le mode de gestion des Bains de Dorres, l’architecture cherche à disparaître pour laisser la place aux mouvements naturels de l’eau et du vivant. 

Exercice : proposer un pavillon d’entrée et un nouveau service thermal pour les bains de Dorres.

Site : les bains de Dorres sont des bains extérieurs en granit aménagés autour de la source chaude et sulfureuse del Lladrer. Elle se situe en balcon du plateau cerdan, au cœur des Pyrénées Atlantiques. 

Une architecture du bien commun contre l​a marchandisation d’un site naturel

Les bains de Dorres existent pour une raison simple : une source fait émerger une eau chaude sulfureuse à 42°C. Lorsqu’elle surgit, cette eau a passé 12 000 années sous terre. Alors, dès l’époque pré-romaine, des bains y ont été taillés dans le granit. D’autres y seront ajoutés au fil des siècles. Mais, dans les années 1990, la commune décide de privatiser les bains, d’en rendre l’entrée payante et de réaliser une extension. Mais cette opération impose aujourd’hui des choses absurdes pour une eau naturelle : l’eau de la source traverse le site pour être traitée et chlorée avant d’être réchauffée pour retourner dans les bains. Pour des raisons similaires, le site est minée de garde-corps et de clôtures austères, symboles de la privatisation et de la mise en « conformité » normative d’un site naturel. Ce constat invite donc à repenser le fonctionnement général des bains de Dorres, avant même d’y dessiner un projet d’architecture.

Ainsi, les bains de Dorres se sont éloignés de ce qui les définissaient : leur rapport à l’eau, à la roche et au paysage, mais aussi leur ouverture à tous. Alors, la première posture a été de retirer des éléments plutôt que d’en rajouter. Cependant, il fallait répondre à une demande, même en remodelant celle-ci fortement. C’est pourquoi, plutôt que de créer un bâtiment thermal, le projet propose de rendre extérieurs et accessibles à tous tous les bains du programme. On ne s’accapare pas l’eau et on ne privatise pas une source.

L'eau comme ressource

Aujourd’hui, l’eau s’écoule à travers plusieurs bains avant de former un ruisseau. Le dessin de ce projet se saisit de ce cycle perpétuel de l’eau. Ce cycle crée une variété sensorielle extrêmement riche : le fil de l’eau peut s’élargir ou rétrécir, se séparer ou s’unifier, accélérer ou ralentir ; il peut s’écouler ou chuter en cascade, aller droit ou tourner, être silencieux ou bruyant, être chaud puis se rafraichir, etc.

Ces expériences se retrouvent dans le projet à travers 4 espaces :
– Les bains chauds (sur le principe de l’existant, taillés dans la roche)
– Les bains en mouvement (le long du ruisseau)
– Les bains naturels (plus en aval, selon le dessin des formations rocheuses)
– Les bains froids (plus grands et utilisant les sources de la ville en amont)

Ces bains s’appuient sur des systèmes de filtration et d’épurations passifs, permettant de conserver une eau propre, sans la polluer.

Le pavillon

La partie du programme concernant les bains est donc traitée en respect des premières intentions. Maintenant, comment répondre au reste du programme (vestiaires, espaces du personnels, restaurant) ? En particulier si on considère que le site n’a pas besoin de constructions supplémentaires.

La réponse se trouve à nouveau dans l’existant. En réalité, ce site a déjà eu des constructions avant les années 1990. Il y a notamment une ruine faite de moellons de granit en amont des bains. Le projet propose de se baser sur cette implantation et ses proportions pour dessiner un pavillon qui s’intègre dans la topographie, comme un mur de soutènement. Le bâtiment cherche à être discret à la fois depuis l’arrivée du site (continuité de la végétation avec le toit), et à la fois depuis les bains (emplacement en amont, discrétion du granit déjà omniprésent).

Vue depuis les bains
Arrivée sur le site

Composition et topographie

Il se compose très simplement, selon son programme : à l’ouest les vestiaires, au centre le restaurant, et à l’est les bureaux. Les corps de bâtiment sont séparés par des failles formant des accès, notamment l’entrée à l’emplacement de la ruine.

En coupe, au lieu d’utiliser un grand soutènement arrière, on segmente en deux ce dernier. Cela permet de répartir les charges tout en créant une entrée de lumière au nord et une rampe pour accéder au site.

Composition et proportions
Composition et proportions
Coupes

Langage et matérialité

Dans la logique de discrétion (et de s’apparenter à un mur de soutènement), le projet cherche à s’éloigner du langage du bâti traditionnel « linteau-ouverture-menuiserie ». Pour cela, plusieurs solutions sont mises en œuvre : des ouvertures en « failles », des murs percés de moucharabiehs et des grands vitrages sur pivot reflétant le paysage.

Toutefois, à l’intérieur, le bâtiment assume une architecture des ressources pyrénéennes, notamment avec le pin à crochet et le granit.

Elavation sud (vue des bains)
Elevation nord (galerie avec rampe)

Considérations climatiques

Enfin, tous les dispositifs présentés ont aussi des intérêts climatiques. Si le fait que le bâtiment soit semi-entérré permet une certaine stabilité thermique, ils viennent apporte un confort supplémentaire. Le mur épais en pierre permet une inertie importante. Les grands vitrages permettent de réchauffer (effet de serre) ou de rafraichir (ventilation) rapidement l’espace intérieur. Enfin, les vents de la vallée perdent plusieurs degrés en remontant le long des restanques et des flux d’eau.